Une emprise, ce n'est pas toujours une secte
Dans notre pratique, nous employons le mot emprise pour parler d'une relation où une personne perd peu à peu sa liberté de penser, de choisir et de dire non. Cela peut arriver dans un groupe religieux ou spirituel, auprès d'un chef que l'on admire, mais aussi dans un couple ou dans une famille.
Ce qui rapproche ces situations, ce n'est pas l'étiquette. C'est le mécanisme : un contrôle qui s'installe doucement, souvent au nom de quelque chose de beau.
Des repères, pas un diagnostic
Aucun de ces signes ne prouve quoi que ce soit à lui seul. C'est leur ensemble, et surtout leur direction dans le temps, qui compte. Quelques questions que l'on peut se poser :
- Vos contacts avec l'extérieur ont-ils diminué, au point où les proches se font rares?
- Vos décisions importantes, sur l'argent, le travail ou les relations, doivent-elles passer par quelqu'un d'autre?
- Douter ou poser une question vous donne-t-il de la culpabilité, ou de la peur?
- Le groupe ou la personne a-t-il toujours raison, et le désaccord est-il présenté comme une trahison ou une faiblesse?
- Utilisez-vous des mots que vos proches ne comprennent plus?
- Vous sentez-vous, de mois en mois, un peu moins vous-même?
Pourquoi c'est difficile à voir de l'intérieur
Une emprise s'installe par étapes. Au début, il y a souvent de la chaleur, de l'attention, un sens à ce que l'on vit. On a l'impression de choisir, et c'est en partie vrai. Les limites se déplacent ensuite si lentement qu'on ne voit pas le moment où elles ont changé.
S'en rendre compte arrive aussi avec de la honte, celle de s'être « fait avoir ». Se retrouver dans une relation d'emprise n'a rien d'une faiblesse personnelle, et en sortir demande du courage.
Quand c'est un proche qui est touché
Face à quelqu'un que l'on voit s'éloigner, l'envie de confronter, de démontrer ou de ridiculiser ses croyances est naturelle. Elle ferme pourtant souvent la porte. Il est généralement plus utile de garder le lien, de rester disponible sans juger et de s'informer auprès de personnes qui connaissent ces dynamiques.
Vous pouvez aussi demander de l'aide pour vous-même : vivre auprès d'une personne sous emprise est éprouvant pour l'entourage.
Quand le doute arrive
Il commence souvent par un malaise que l'on met de côté : une phrase qui dérange, une règle qui paraît trop dure, une absence que l'on n'ose pas nommer. Le doute peut être vécu comme une faute, et c'est justement ce qui le rend si lourd à porter seul.
Un doute n'est pas une trahison. C'est une information sur ce que vous ressentez, et vous avez le droit de la prendre au sérieux, même si vous ne savez pas encore quoi en faire.
Où trouver de l'aide
Info-Secte est un organisme québécois qui soutient les personnes touchées par des groupes sectaires et leurs proches. Céline Castillo est membre de son comité administratif depuis plus de vingt-cinq ans et y anime des ateliers de soutien.
À la clinique, nous accompagnons des personnes qui sortent d'une emprise : l'équipe est formée pour aider à se reconstruire et à retrouver son autonomie, ainsi que son estime de soi après de la violence psychologique. Le rythme est le vôtre, et vous n'avez pas à tout raconter la première fois. La page sur l'emprise sectaire et la violence relationnelle décrit notre manière de travailler.
Ce qui peut aider une première rencontre
Venir demander de l'aide à la suite d'une emprise n'exige aucune préparation. Vous pouvez arriver avec des questions, avec peu de mots, ou avec l'envie de ne rien expliquer pour l'instant. Nous prenons le temps qu'il faut, et nous suivons votre rythme.
Ce texte est général et éducatif. Il ne remplace pas une consultation et ne pose aucun diagnostic.